Les mutilations sexuelles féminines en France

Premiers résultats de l'enquête Excision et Handicap (ExH)

Enquête ExH

En 2004, on estimait à 53 000 environ le nombre de femmes adultes excisées résidant en France. Les mutilations sexuelles exposent les femmes à des problèmes de santé chroniques mais aussi à des difficultés quotidiennes dans leur vie sexuelle et affective. Les premiers sont connus mais rarement quantifiés ; les secondes sont beaucoup plus mal connues. Dans ce contexte, l'excision pose deux problèmes de santé publique : la prévention de l'excision des filles soumises au risque et la prise en charge des femmes mutilées. L'enquête nationale ExH a permis de recueillir des données inédites sur les conséquences de l'excision et fournit un socle de connaissances à partir duquel il sera possible de mieux définir des prises en charge adaptées.

Des problèmes de santé spécifiques

L'excision est une mutilation sexuelle pratiquée sur les filles dans de nombreux pays de l'Afrique subsaharienne. Une partie des migrantes ou de leurs filles vivant en France en subissent les conséquences.

L'excision expose les femmes à des problèmes de santé spécifiques et des complications au moment de l'accouchement comme le montrent des enquêtes réalisées dans des pays où cette pratique existe (OMS). Les difficultés dans la vie quotidienne, et notamment sexuelle, sont rarement abordées dans ces enquêtes alors qu'elles ont des conséquences fréquentes et parfois lourdes sur la vie des femmes. Face aux risques de santé encourus, cette pratique fait l'objet d'une attention particulière des pouvoirs publics. Pour autant, l'ampleur et la nature des besoins de prise en charge dans le contexte sanitaire français n'ont jusqu'à présent pas été évaluées.

Des douleurs et troubles fonctionnels

Dans l'enquête ExH, l'excision est associée à différents problèmes de santé tels que des infections urinaires et gynécologiques ou des déchirures à l'accouchement. Les femmes excisées sont aussi plus nombreuses à déclarer des symptômes de mal-être (tristesse et découragement) à caractéristiques sociales égales. Elles souffrent de douleurs diverses plus intenses, entraînant plus fréquemment des gênes dans la vie quotidienne. Par exemple, une femme excisée sur 10 est gênée au quotidien pour uriner, marcher ou porter certains vêtements.

Des difficultés dans la vie sexuelle

Difficultés dans  la sexualité

Mais c'est dans le domaine de la sexualité que les résultats sont les plus marquants. Les femmes excisées ont des difficultés récurrentes dans leur vie sexuelle : leur vécu est en effet plus souvent peu satisfaisant voire systématiquement douloureux. Elles sont nombreuses à faire spontanément le lien entre leur excision et les difficultés dans leur vie sexuelle. L'enquête montre que les femmes concernées sont en demande d'écoute et d'informations sur ces questions, même si parler de sa sexualité, et a fortiori de ses difficultés sexuelles, reste un sujet intime et délicat à aborder, particulièrement pour des femmes migrantes originaires de sociétés dans lesquelles la parole sur le sujet est rare.

La demande de chirurgie réparatrice

rappel_excision

La mise au point d'un protocole de chirurgie réparatrice offre la possibilité, pour les femmes qui en ressentent le besoin, de se faire « réparer ». Plus de la moitié des enquêtées connaissent l'existence de cette intervention, principalement par le biais des médias, puis par un professionnel de santé ou une personne de l'entourage. Parmi les femmes enquêtées, 5 % y ont eu recours ou sont en cours de démarche et 20 % se disent intéressées, principalement pour améliorer leur sexualité et, dans une moindre mesure, pour retrouver leur intégrité féminine ou pour des raisons de santé. Les femmes qui n'envisagent pas de recourir à l'opération déclarent « accepter leur état actuel » et « ne pas en ressentir le besoin ». L'intérêt pour l'opération est plus important parmi les femmes jeunes (moins de 35 ans) et qui ont grandi en France. Le recours à la chirurgie réparatrice est encore marginal et ne sera vraisemblablement pas systématique

Le risque d’excision chez les fillettes

Risques excision pur les fillettes

Parmi les filles des femmes excisées, 11 % sont elles-mêmes excisées. Ce chiffre est cependant bien plus faible parmi celles qui sont nées en France (3 %) où la pratique est illégale. Par ailleurs, elle diminue nettement dans les dernières générations, attestant de l'abandon progressif de l'excision en contexte migratoire, mais aussi dans les pays d'origine. Une partie des fillettes non excisées au moment de l'enquête peuvent encore l'être, notamment celles qui sont âgées de moins de 15 ans à l'enquête. Le questionnement des mères sur leurs intentions, sur celles du père ou de la famille restée au pays d'origine permet d'estimer des niveaux de risque pour les filles. Dans 7 cas sur 10, aucun des deux parents ni un proche n'a l'intention de faire exciser la fillette. Dans 3 cas sur 10, un risque persiste, soit en cas de retour au pays - et les parents en sont conscients -, soit directement lié à une intention plus ou moins formulée par l'un ou l'autre des parents. Une telle enquête nécessite du temps, des professionnels conscients des enjeux éthiques qu'engage ce sujet ainsi qu'une volonté politique et institutionnelle de faire avancer les connaissances et l'expertise dans le domaine. Elle doit aussi et surtout sa réussite à toutes les femmes qui ont accepté de répondre à ce questionnaire. Elle a mis en évidence des troubles spécifiques, même si le contexte de soins français permet de prévenir la plupart des complications rencontrées dans les pays d'origine : l'atteinte à la qualité de vie, notamment sexuelle, est néanmoins aussi importante que les risques de santé.

Armelle Andro (Universite Paris1), Marie Lesclingand (Université de Nice),  Emmanuelle Cambois (Ined)

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Mise à jour : 20 janvier 2014