Congé de paternité : 81 % des pères le prennent désormais, malgré des freins persistants

Communiqué Publié le 28 Janvier 2026

Une nouvelle étude de l’Ined révèle l’essor du congé de paternité depuis sa réforme en 2021

La réforme du congé de paternité de juillet 2021, qui a porté sa durée de 11 à 25 jours, porte ses fruits. Selon une nouvelle étude publiée dans Population & Sociétés n° 640 et s’appuyant sur l’enquête Familles et employeurs*, 81 % des pères ont pris ce congé entre 2021 et 2023, contre environ 75 % avant la réforme. Les chercheurs1 Ariane Pailhé, Anne Solaz, Alix Sponton et Maxime Tô montrent que les bénéficiaires du congé de paternité ont des profils plus diversifiés : les travailleurs indépendants et les pères moins diplômés y recourent désormais plus qu’avant la réforme. Toutefois, les contraintes professionnelles et financières demeurent un obstacle majeur pour les pères qui y renoncent.

81 % des pères prennent plus que la semaine obligatoire

Plus de quatre naissances sur cinq (81 %) survenues entre juillet 2021 et décembre 2023 ont donné lieu à une prise du congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire. Dès 2022, 59 % des pères ont utilisé la totalité des 25 jours disponibles, démontrant l’attractivité de cette nouvelle durée. Le fractionnement du congé, qui permet de répartir les jours de congé sur plusieurs périodes, gagne également en popularité : 23 % des pères y ont eu recours au second semestre 2021, puis 33 % au second semestre 2023. Cette souplesse facilite l’adaptation aux contraintes familiales et professionnelles, notamment en fonction des périodes de vacances scolaires.

Fonctionnaires et salariés en CDI toujours en tête, mais les indépendants progressent

Si le recours au congé progresse, des inégalités selon la situation professionnelle  subsistent : les salariés du secteur public et du privé en CDI restent les plus nombreux à l’utiliser. Les travailleurs indépendants, bien que plus souvent bénéficiaires qu’en 2017, affichent encore un taux d’utilisation plus faible (55 % prennent la totalité du congé). Les pères en CDD et ceux au chômage avant la naissance utilisent également moins ce dispositif, malgré une hausse récente. L’étude révèle que le niveau de diplôme joue aussi un rôle : les pères titulaires du baccalauréat sont désormais au même niveau d’utilisation des diplômés du supérieur, tandis que l’usage progresse à nouveau chez les non-bacheliers après une période d’érosion entre 2013 et 2021.

Charge de travail et perte de revenus : les principaux freins au congé

Les motifs invoqués pour ne pas prendre le congé ont évolué. Si 7 % de l’ensemble des pères déclarent en 2023 ne pas avoir souhaité poser leur congé (contre 9 % en 2012), les contraintes professionnelles, notamment la charge de travail excessive, sont aujourd’hui plus fréquemment citées. Les raisons financières pèsent également davantage : 8,5 % des pères d’enfants nés entre juillet 2021 et décembre 2023 évoquent ce frein, un chiffre possiblement amplifié par l’inflation récente. Ces obstacles varient selon les profils : les indépendants mettent en avant leur charge de travail, tandis que les pères en contrat court, au chômage ou peu diplômés invoquent plus souvent des arguments financiers et la complexité des démarches administratives.

8 % des pères prennent désormais leur congé après le retour au travail de la mère

Depuis la réforme, davantage de pères prennent leur congé après le retour au travail de la mère. Cette pratique concerne désormais 8 % des naissances, contre seulement 2 % avant 2021. Elle reste toutefois plus fréquente pour les premiers et deuxièmes enfants (10 % et 14 % respectivement) que pour les troisièmes (4 %), notamment en raison de congés maternité plus longs et d’arrêts d’activité plus fréquents des mères.

CHIFFRES-CLÉS

  • 81 % : part des naissances entre 2021 et 2023 ayant donné lieu à une prise de congé au-delà de la semaine obligatoire
  • 59 % : proportion de pères prenant la totalité du congé (25 jours) en 2022
  • 33 % : part des pères fractionnant leur congé au second semestre 2023 (contre 23 % au second semestre 2021)
  • 8 % : part des naissances où le père prend son congé après le retour au travail de la mère (contre 2 % avant 2021)
  • 8,5 % : proportion de l’ensemble des pères qui déclarent ne pas prendre le congé pour des raisons financières 

Vers une normalisation du congé de paternité ?

L’étude confirme que le congé de paternité s’est imposé comme une norme sociale de la paternité en France. La médiatisation de la réforme de 2021 a contribué à améliorer la connaissance du dispositif et à renforcer son acceptation dans le milieu professionnel. Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de politique familiale : un nouveau congé de naissance d’un à deux mois par parent, voté dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, entrera en vigueur en juillet 2026. Ce dispositif complémentaire pourrait prolonger la dynamique d’implication des pères engagée.

*Enquête longitudinale Familles et Employeurs (FamEmp)

L’enquête longitudinale FamEmp, menée dans le cadre du projet LifeObs, analyse les tensions entre travail et vie personnelle et leurs effets sur les parcours professionnels, familiaux et la santé. Son approche originale associe un volet individuel et un volet employeurs, afin de croiser les expériences des salariés et les pratiques des entreprises. La première vague, réalisée en 2024, a permis de recueillir 41 000 questionnaires individuels et 9 000 questionnaires employeurs, enrichis par des données socio-fiscales et d’emploi. Cette enquête offre des données inédites pour les chercheurs, mais aussi pour les décideurs publics, les employeurs et les organismes de protection sociale.

Pour en savoir plus : https://famemp.site.ined.fr/ 

1Auteurs : Ariane Pailhé (Ined), Anne Solaz (Ined), Alix Sponton ( Cresppa | Ined | Cris), Maxime Tô (IPP | PSE | Crest | IFS)