Notre histoire

La création au sortir de la guerre

L’Institut national d’études démographiques (Ined) a été créé par l’ordonnance du 24 octobre 1945. En 1941, le gouvernement de Vichy avait créé la Fondation française pour l’étude des problèmes humains ou « Fondation Alexis Carrel », placée sous la direction du prix Nobel de médecine. À la libération, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, décide de dissoudre cette fondation jugée collaborationniste et de créer l’institut national de démographie prôné par le médecin Robert Debré. L’Ined, dépendant des ministères sociaux, avait pour vocation de rassembler la documentation, d’ouvrir des enquêtes, d’étudier « les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et l’amélioration qualitative de la population » ainsi que d’assurer la diffusion des connaissances démographiques.

Alfred Sauvy, le fondateur

La direction du nouvel institut est confiée au statisticien-économiste Alfred Sauvy, auteur en 1938 des premières mesures politiques de soutien à la natalité en tant que conseiller du président du Conseil Paul Reynaud. Il occupera cette fonction jusqu’en 1962.
Chroniqueur et aussi écrivain, il marque l’institution par sa personnalité, tant sur les orientations scientifiques que sur les méthodes de travail. Il s’attache, dès l’origine, à donner à l’institut un caractère pluridisciplinaire et à y accueillir des chercheurs de formations et d’horizons très divers.
Alfred Sauvy fonde également la revue scientifique Population, destinée « à tous ceux qui se préoccupent des grands problèmes d’intérêt national ». De 1946 à 1976, il en sera le rédacteur en chef.

Les années d’essor

Sous la direction d’Alfred Sauvy, naît l’« école démographique française » qui a longtemps assuré le rayonnement international de l’Ined. Les premiers démographes, généralement polytechniciens, s’inspirent des travaux de l’Américain Alfred James Lotka (1880-1949) et du Français Pierre Depoid (1909-1968) pour élaborer des méthodes originales d’analyse démographique qui affirment l’indépendance scientifique de l’institut et assoient sa réputation à l’étranger.


Louis Henry fonde la démographie historique. S’intéressant au taux de fécondité des populations, il propose en 1953 d’utiliser les registres paroissiaux de l’Ancien régime afin d’étudier la période pré-statistique. En collaboration avec Michel Fleury, archiviste-paléographe, il met en place une véritable méthodologie pour l’exploitation de ces données. En 1958, il lance l’enquête Population de la France de 1690 à 1829, travail de référence qui inspirera nombre d’historiens-démographes français et étrangers.

Dans le domaine des sondages, le sociologue Jean Stoetzel (1910-1987), fondateur de l’Ifop (Institut français de l’opinion publique), lance à l’Ined de nombreuses enquêtes, avec l’appui d’Alain Girard (1914-1996), sur le travail des femmes, le nombre idéal d’enfants, le choix du conjoint, l’immigration, etc. Ce travail d’enquête sera poursuivi dans les années 1970 par Louis Roussel et dans les années 1980 par Henri Leridon.
En mars 1968, alors que les premières tensions de la crise future se font sentir, l’Ined publie le premier numéro de sa nouvelle revue mensuelle, Population et Sociétés.
L’accroissement des effectifs (de 75 agents en 1965 à 149 en 1985) s’accompagne d’une diversification des champs de recherche et de la création de nouveaux services administratifs, le service des relations internationales en 1972, celui de la coopération en 1974 et le service des enquêtes en 1982.

1986, le tournant : le statut d’institut de recherche

Par le décret du 12 mars 1986, l’Ined devient un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST), un statut comparable à celui du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ou de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’objectif nataliste de 1945 disparaît. L’Ined a pour mission de développer et de diffuser largement les connaissances démographiques « au profit du progrès économique et social » en général, ainsi que d’apporter son concours à la formation à la recherche et par la recherche. L’institut est désormais placé sous la tutelle principale du ministère chargé de la recherche. Une tutelle complémentaire est assurée par le ministère en charge des questions de population.


Les années 1990 voient l’avènement d’une troisième génération de chercheurs, au sein de laquelle coexistent polytechniciens, anciens élèves de l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), diplômés de l’Institut de démographie de Paris (Idup), normaliens, médecins, et une augmentation progressive du nombre des femmes. L’entrée à l’Ined se fait désormais exclusivement sur concours après la thèse. Les enjeux démographiques se modifient également avec l’ouverture à l’Est, la construction de l’Union européenne, l’apparition de nouveaux problèmes de santé publique, l’émergence de certains pays en développement et l’accélération du vieillissement dans les pays développés.


En 1999, François Héran est nommé directeur de l’Ined, fonction qu’il occupe jusqu’en 2009. Durant cette période, l’institution voit son image et ses moyens renforcés et la structuration des unités et des projets de recherche consolidée. En octobre 2009, Chantal Cases prend la tête de l’Ined, œuvrant à la mise en place de nombreux partenariats avec le monde universitaire.

Depuis janvier 2016, Magda Tomasini dirige l’Institut national d’études démographiques.

Des chercheurs de talent

De nombreux chercheurs éminents ont travaillé et fait carrière à l’Ined.
Jean Bourgeois-Pichat (1912-1990) explore les notions de population stables et quasi stables et modélise les réseaux de relations entre variables démographiques ; Paul Vincent (1912-1979) invente la notion de potentiel d’accroissement ; Sully Ledermann (1915-1967) perfectionne la modélisation des diverses composantes des tables de mortalité.
L’histoire sociale des populations est représentée par Louis Chevalier (1911-2001), historien de Paris, qui sera élu au Collège de France en 1952 ; l’histoire des maladies par Jean-Noël Biraben ; l’histoire des minorités par Jacques Houdaille (1924-2007).
L’œuvre de ces pionniers trouve une formulation canonique dans les manuels et les dictionnaires de démographie de Roland Pressat, recruté à l’Ined en 1953, dont se nourriront des générations d’étudiants et qui diffuseront les principes de l’analyse démographique dans de nombreux pays en particulier au Québec, en Europe de l’Est et en Afrique.
La génétique des populations est développée successivement par Jean Sutter (1910-1970), André Chaventré et Albert Jacquard (1925-2013) qui prend en 1970 la direction du service de génétique de l’Ined. Il devient expert en génétique auprès de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de 1973 à 1985 et reçoit le Prix scientifique de la Fondation de France en 1979. Il sera élevé aux rangs de Commandeur de l’Ordre national du Mérite en 1980 et d’Officier de la Légion d’honneur en 1991
A partir de 1965, une nouvelle génération de chercheurs prend le relais, composée de polytechniciens (Daniel Courgeau, Henri Leridon, Hervé Le Bras) ou de démographes d’origines diverses (Jacques Vallin, Patrick Festy, Chantal Blayo, Jean-Claude Chesnais, Thérèse Locoh, …).

Directeur-trice-s de l’Ined depuis sa création

Alfred Sauvy (1945 - 1962)
Jean Bourgeois-Pichat (1962 - 1972)
Gérard Calot (1972 - 1992)
Jacques Magaud (1992 - 1995)
Patrick Festy (1995 - 1999)
François Héran (1999 - 2009)
Chantal Cases (2009-2015)
Magda Tomasini (2016 - )

Mise à jour : 07/01/2016