Félicitation à Mona Claro pour sa thèse

03 Décembre 2018

Ni hasard ni projet. Genre, sexualité et procréation pendant la jeunesse en Russie (années 1970 – années 2010)

Cette thèse s’intéresse d’un point de vue sociologique et socio-historique aux parcours d’entrée dans l’âge adulte de deux générations de femmes russes, en se focalisant sur l’entrée dans la sexualité, dans la conjugalité, et dans la maternité. Elle s’appuie principalement sur des entretiens (menés à Moscou ou à Saint-Pétersbourg avec des femmes et des hommes, majoritairement diplômé·e·s) ; deux corpus de presse ont également été analysés. D’une génération à l’autre, la transition du socialisme d’État au capitalisme s’est accompagnée de nouvelles possibilités et contraintes, on voit émerger des modèles inédits pour le gouvernement de soi dans le domaine procréatif. L’âge moyen de la première maternité a reculé, et les normes (notamment de genre et d’âge) qui prévalent lors des débuts sexuels et amoureux se sont largement recomposées ; la diffusion inédite de méthodes de contraception technologiques (préservatif surtout, pilule dans une moindre mesure) a joué un rôle-clé dans ces évolutions. À une génération de femmes qui avait un premier enfant pendant les études, ou très rapidement après, succède en Russie post-soviétique, dans les grandes villes, une génération qui fait l’expérience d’une « jeunesse sexuelle » inédite. Par là, on entend une période de la vie légitimement dédiée à des relations (hétéro)sexuelles idéalement protégées, dans le cadre d’un ou de plusieurs couple(s) successif(s), cohabitant(s) ou non, possiblement sans perspective de mariage ni de maternité. Mais la montée en puissance d’un tel idéal de maîtrise de la fécondité en début de vie sexuelle n’implique pas nécessairement que la naissance du premier enfant soit vécue sur le registre du projet conjugal concerté et soigneusement planifié. Plus les jeunes femmes avancent dans la vingtaine, plus elles sont assignées au sérieux conjugal, et plus, dès lors qu’elles sont en couple hétérosexuel stable, une injonction à la maternité précoce peut entrer en contradiction avec l’idéal de maîtrise du risque de grossesse.

Lundi 3 décembre 2018, à 13h à l’EHESS, en salle 2 du 105 boulevard Raspail, 75006 Paris

Le jury est composé de :

  • Armelle ANDRO, Professeure de Démographie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteure)
  • Nathalie BAJOS, Directrice de recherche à l’INSERM
  • Michel BOZON, Directeur de recherche à l’INED (directeur de thèse)
  • Alain BLUM, Directeur d’études à l’EHESS (rapporteur)
  • Jacques MARQUET, Professeur de Sociologie, Université catholique de Louvain
  • Juliette RENNES, Maîtresse de conférences à l’EHESS (codirectrice de thèse)