Cet axe s’intéresse à la santé des populations, principalement dans des pays à moyens et faibles revenus, en se concentrant sur deux aspects : la « santé sexuelle et reproductive » d’une part, et la « morbidité et mortalité » d’autre part. La statistique publique est souvent insuffisante et incomplète pour mesurer finement ces questions. La mesure des indicateurs de santé est donc une préoccupation centrale et transversale à l’ensemble de ces projets. Le premier sous-axe porte sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR) dans différentes régions du monde, c’est-à-dire l’état de bien-être complet — physique, émotionnel, mental et social — englobant l’ensemble des dimensions de la sexualité et de la reproduction, et ne se limitant pas à l’absence de maladie, de trouble ou d’infirmité. Diverses méthodologies sont mobilisées (enquêtes biographiques qualitatives et quantitatives, enquêtes représentatives en population générale, comparaison d’enquêtes, recherches participatives et opérationnelles) au sein de projets menés dans différentes régions d’Afrique, dans les départements français d’outremer – anciennes colonies dont les normes et comportements diffèrent de la France hexagonale – ou en comparant différents pays ou régions du monde. Un premier ensemble de projets menés s’intéressent aux trajectoires reproductives, soit l’histoire des grossesses des femmes et des hommes, quelle qu’en soit l’issue, en les mettant en regard d’autres trajectoires de vie et en interrogeant l’autonomie contraceptive, c’est-à-dire la connaissance et l'accès aux différentes méthodes contraceptives, ainsi que la capacité de choisir librement, avec suffisamment d'informations et sans coercition, d'utiliser ou non une méthode. Le projet Trajectoires reproductives, sociodémographiques et de santé en Afrique de l’Ouest cherche à comprendre comment ces expériences parallèles s'influencent mutuellement et comment elles sont liées à la santé pendant et après la vie reproductive, au moyen d’enquêtes biographiques quantitative et qualitative, dans un premier temps au Sénégal. Plus spécifiquement, le projet Les grossesses non prévues, leurs significations et leurs conséquences (Unintended pregnancies, their meanings and consequences) porte sur la mesure des grossesses non planifiées et non voulues dans les enquêtes démographiques et de santé (EDS) en Afrique de l’Ouest. Le projet Santé de la reproduction dans les pays arabes analyse les transformations de la santé reproductive au Maghreb en étudiant l’évolution des pratiques contraceptives, des calendriers de fécondité et du recours à la procréation médicalement assistée. Enfin, le projet Parcours de fécondité et de santé reproductive Outre-mer est une enquête multimode qui sera conduite en 2028 afin d’analyser les comportements et expériences en matière de fécondité et de santé reproductive à La Réunion, aux Antilles et en Guyane, pour mettre en évidence les inégalités structurelles qui façonnent différemment les parcours selon le genre, la classe et la race. Ces recherches s’inscrivent dans le cadre d’analyse de la justice reproductive, qui étudie les ressources sociales, politiques et économiques et les capacités à prendre des décisions sur sa propre vie reproductive. Certains projets portent sur d’autres aspects des SDSR, parfois peu pris en compte dans les politiques publiques et les pratiques médicales. Par exemple, le projet Gestion des règles abondantes en Côte d’Ivoire s’intéresse à la santé menstruelle comme enjeu légitime de justice sociale et d’égalité de genre, en s’appuyant sur une recherche participative auprès de femmes concernées, de professionnels de santé et d’acteurs communautaires. Au contraire, le VIH/sida est une problématique centrale des recherches menées en SDSR depuis plusieurs décennies ; malgré les avancées en matière de prévention et de traitement, la stigmatisation continue de constituer un obstacle majeur à l’accès aux soins. Le projet Estimations mondiales, régionales et nationales des tendances dans la stigmatisation et la discrimination liées au VIH (Global, regional, and national estimates of trends in HIV stigma and discrimination) vise à estimer les tendances, évaluer la prévalence et à analyser dans quelle mesure la stigmatisation et la discrimination influencent les principaux résultats liés au VIH. Plus globalement, la définition des SDSR varie d’un contexte à l’autre. Le projet Sexe et enquête : une comparaison des enquêtes sur la SDSR au Nord et au Sud (Sex and the survey: a comparison of SRHR surveys in the global north and south) vise ainsi à mettre en évidence les hypothèses implicites qui façonnent la définition et la compréhension de la santé et des droits sexuels et reproductifs selon les contextes locaux, en comparant de nombreuses enquêtes démographiques. Le deuxième sous-axe “morbidité et mortalité” regroupe des projets s’intéressant à l’évolution des indicateurs de santé et de mortalité au cours du temps et aux disparités de santé et de mortalité dans les pays à moyens et faibles revenus. La plupart des projets inclus dans ce sous-axe portent sur l’Afrique subsaharienne, mais une part grandissante des recherches effectuées portent sur d’autres régions, notamment l’Asie (Inde), la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie), et l’Amérique du Sud (Venezuela). Ces projets s’inscrivent dans un contexte de rapide amélioration de la santé des populations de ces régions, avec cependant de grandes disparités entre région. L’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne font l’objet de retards importants, parfois en décalage avec les progrès dans d’autres domaines (éducation, revenu, etc.). Une part importante des recherches de ce sous-axe s’intéresse aux problèmes de mesure de la mortalité, proposant des innovations méthodologiques afin de pallier les insuffisances de la statistique publique de nombreux pays des régions étudiées. Parmi les projets inclus dans ce sous-axe, deux projets portent sur la compréhension des spécificités de la transition sanitaire et de la notion de « double fardeau » en Afrique Subsaharienne. Le premier projet (« Observatoires de population et évolutions de la mortalité par cause au Sénégal ») s’appuie spécifiquement sur les données d’observatoires du Sénégal dont l’Ined est partenaire, tandis que le deuxième projet (« Multiplicité des fardeaux sanitaires en Afrique subsaharienne ») mobilise en outre des données d’autres observatoires notamment en Afrique du Sud et s’appuie sur une approche par causes multiples. Le projet « Mortalité cardiovasculaire en Amérique latine » s’intéresse également à la transition sanitaire, cette fois-ci dans le contexte paradoxal des pays latino-américains. Contrairement aux projets précédents qui s’intéressent à tous les âges de la vie, le projet « Schémas de mortalité par âge en dessous de 5 ans au niveau mondial » se concentre sur la mortalité entre 0 et 5 ans, cette fois-ci dans une perspective globale et sur la base de sources multiples dont les EDS. Ce projet a donné lieu à de nouveaux modèles de mortalité permettant entre autres d’évaluer la qualité des données d’état civil dans des pays à revenus moyen comme ceux de la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. Le projet « Schémas de mortalité par âge en dessous de 5 ans reliant les périodes prénatale et post-natale en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne » s’inscrit dans la continuité du précédent avec cette fois-ci un focus sur l’Inde et l’Afrique subsaharienne, deux régions présentant des niveaux inhabituels de mortalité des enfants. Ce projet, qui s’appuie principalement sur des données d’observatoires, comprend un élargissement inédit à l’étude de la mortinatalité. Bien que la dimension genre soit sous-jacente à l’ensemble des recherches menées au sein de cet axe, le projet « Préférences de genre et mortalité des enfants en Afrique de l’Ouest et centrale » en fait son objet principal, avec l’accent mis sur la compréhension de la surmortalité juvénile des filles dans 13 pays de cette région. Enfin, un dernier projet relevant du domaine des techniques d’enquête propose de « Tester différentes modalités de traduction appliquées aux mesures internationales du handicap ».