La situation des 50 ans et plus en contrats courts

Avec les réformes des retraites, le recul de l’âge d’ouverture des droits à celle-ci et l’augmentation du nombre d’années de cotisations nécessaires, assiste-t-on à une précarisation des seniors ? Qui sont les seniors en contrats courts ? Quelles difficultés rencontrent-ils et de quelles ressources disposent-ils ? Sont-elles spécifiques à leur tranche d’âge ?

Initialement associés à une étape d’insertion professionnelle ou à un job d’appoint pour des jeunes en étude, les contrats courts (de moins de 3 mois ou de moins d’un mois) ont connu une forte augmentation en France. Les seniors (50 ans et plus) sont aussi concernés par ce type de contrat. Ils sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi à durée limitée (intérim ou CDD) (6 % en 2019, contre 3 % en 2003).

Comme dans les autres tranches d’âge, on observe une surreprésentation des immigrés et des personnes peu diplômées dans ce type de contrat. Et les seniors partagent avec les plus jeunes des conditions de travail proches : il s’agit majoritairement d’emplois ouvriers ou employés de premier niveau de qualification. Une particularité cependant, chez les seniors en contrats courts : ils travaillent plus fréquemment pour plusieurs employeurs simultanément. 

Seniors en contrats courts : un choix pour les uns, une situation de précarité pour les autres

A partir d’une campagne d’entretiens qualitatifs, trois profils ont été identifiés. 

Une partie des seniors en contrats courts l’a été tout au long de sa vie. En effet, certains secteurs d’activité (animation commerciale, restauration, tourisme, événementiel …), ont fortement recours à des contrats courts. Dans l’ensemble, ces salariés, qui ont eu une carrière faite d’emplois discontinus, n’aspirent pas à changer de contrat.

Pour d’autres, les vacations courtes, par exemple dans le secteur médico-social, constituent une activité secondaire, en plus d’un emploi principal stable. Elles sont plus avantageuses que les heures supplémentaires que pourrait procurer cet emploi stable. Bien que la motivation à travailler en contrats courts soit d’abord financière, la plupart de ces personnes trouvent un intérêt dans cette activité complémentaire.

Enfin, les emplois en contrats courts en fin de carrière peuvent, contrairement aux deux profils précédents, être subis et rimer avec une grande précarité matérielle, quand ils sont la seule source de revenus, que ces revenus sont irréguliers, imprévisibles et surtout insuffisants. Ces seniors, qui ont souvent connus une rupture dans leur parcours professionnel (un licenciement ou un problème de santé par exemple) aspirent à une situation plus stable. 

Des difficultés et des ressources spécifiques, qui les distinguent des plus jeunes

L’état de santé représente un facteur susceptible d’entraver l’emploi des seniors, notamment de ceux qui sont en contrats courts, emplois dont les conditions de travail sont souvent physiquement pénibles. 

De manière générale, l’accès à la formation est plus difficile pour les 50 ans et plus, en particulier pour les personnes les moins diplômées du dernier profil parfois dépassées par les évolutions technologiques. 

Par rapport aux plus jeunes, les seniors en contrats courts sont plus fréquemment en couple, et donc peuvent bénéficier d’un appui notamment financier. N’ayant souvent plus d’enfant à charge, ou, en tout cas, plus en bas âge, leur emploi du temps est plus flexible. 

Par ailleurs, ils perçoivent plus souvent des allocations chômage, avec des règles d’indemnisation spécifiques à leur âge.

Source : 

Vivés, C. et Remillon, D. (2024). Précarité, sur-emploi ou discontinuité ? Trajectoires et vécus des contrats courts pour les salarié·es de 50 ans et plus. Travail et emploi, 173-174-175(2-3-4), 71-99

Pour en savoir plus : 

Remillon, D., Vivés, C., Baguelin, O. et Grégoire, M. (2024). Contrats à durée limitée et indemnisation du chômage Une diversité de trajectoires. Travail et emploi, 173-174-175(2-3-4), 45-70