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Le monde d’Albert la Panthère, cybernaute et sans-domicile à Honolulu.

2004, 352 pages

Papier

n° ISBN 2-7495-0350-7

0,00 €
Avant-propos
Introduction

Devenir sans domicile

Parler de soi sur Internet

Une trajectoire particulière, rencontre de plusieurs histoires collectives


Chapitre 1. L’installation dans la situation de sans-domicile

1. L’organisation matérielle

Dormir

La nourriture, l’alcool, le tabac

Les déplacements, les vêtements, les autres objets utilitaires

Les livres, l’accès à Internet, l’adresse pour le courrier

Le stockage

L’argent

La santé et les soins

2. Les relations avec l’entourage

Les rencontres avec la Loi

Un changement d’attitude des anciens amis ?

Le regard des autres

Se faire accepter

Les autres sans-domicile

« Il n’y a pas d’amis pour nous, il faut se méfier de tout le monde »

La vie sexuelle et amoureuse

3. Donner un sens à sa vie

La disparition des occupations ordinaires

L’ennui et la dépression

4. Franchir le Rubicon

L’entrée progressive dans un nouvel univers

Le Rubicon ou le Delaware


Chapitre 2. Les atouts pour « tenir »

1. Le sentiment d’avoir choisi sa situation

2. Une attitude distanciée

Le dédoublement

L’humour

Une vision volontairement positive de la vie

3. Des liens qui subsistent avec le « monde des logés »

Les amitiés qui persistent ou se créent

Les échanges sur Internet

4. Un intérêt pour les événements mondiaux

5. La lecture, la musique, le dessin


Chapitre 3. Une installation fragile

1. Les changements de courte durée : une grande vulnérabilité aux incidents

2. Les changements durables

Crazy Money : l’allocation pour troubles psychiques

Social Security : la pension de retraite

Le durcissement dans l’attitude des autorités


Chapitre 4. Les compagnons d’Albert

1. Hawaï : des sans-domicile dans le paradis des touristes

Un peuplement d’origines variées

Un Etat riche où il n’est pas facile de vivre quand on est pauvre

Etre sans domicile à Hawaï

2. Le travail et la débrouille

Le travail

Le vol

Le deal

Les échanges sexuels

Echanges et partages, prêts et emprunts

L’information mutuelle

La mendicité

3. Les aides

L’aide des institutions

L’aide des particuliers

4. Un facteur perturbateur dans un équilibre fragile : la drogue

Une place qui augmente dans la vie des amis d’Albert

Des effets négatifs sur la santé

Une perturbation des relations de partage

Financer la drogue : les échanges sexuels et le vol

5. La répression

6. Le passé des sans-domicile

7. Quel futur ?

Un parcours dans les marges

La mort


Chapitre 5. Les journaux sur Internet

1. La forme des journaux sur Internet

2. Les auteurs

3. Le début et la fin du journal

4. Le diariste et son lecteur

Le désir d’avoir des lecteurs

Les craintes suscitées par les lecteurs
Chapitre 6. La présentation de soi sur Internet

1. Goffman et le cyberespace

2. La présentation du journal d’Albert

3. La distance par rapport au texte et la position d’auteur

Chapitre 7. Une trajectoire particulière

1. Des éléments communs à beaucoup de sans-domicile

2. Un parcours très particulier


Chapitre 8. Une rencontre entre plusieurs histoires collectives

1. La peinture américaine s’autonomise

2. Les mouvements beatnik et hippy

La (contre) culture

Le mode de consommation de la drogue

Le voyage en Inde et au Népal

Une certaine vision de la pauvreté

3. Le développement « ludique » de l’informatique et des médias

L’émergence d’Internet

Albert et l’informatique


Conclusion

1. La croyance et l’onirisme

2. Une participation observante

3. Le contexte et la trajectoire

Paris, Honolulu : des contextes différents, mais des similitudes dans les trajectoires et les réponses à la perte du statut social

Les trajectoires individuelles : trois phases vers la désinsertion ?

Les réponses à la perte de statut social : des registres différents

Notes

Bibliographie


" J’ai quitté l’appartement vers 5h30, glissant une enveloppe avec les clefs sous la porte du gérant (...)"

C’est ainsi que commencent les Contes de la Panthère, le journal qu’a tenu Albert Vanderburg, un américain d’une soixantaine d’années, depuis le jour où il s’est retrouvé sans domicile dans les rues d’Honolulu.

Albert Vanderburg écrit son journal « en ligne », à partir d’ordinateurs en libre service à l’Université de Hawaï. Au hasard d’une recherche sur Internet, Maryse Marpsat, dont les recherches à l’Institut National d’Etudes Démographiques portent sur le thème des sans-domicile, découvre ce journal et se plonge dans le monde d’Albert. Ils vont entamer une correspondance et concevoir peu à peu le projet de ce livre à deux voix.

Les journaux intimes se sont multipliés sur Internet ces dernières années. Leurs auteurs, comme ceux de journaux « papier », écrivent pour affronter une période difficile de leur existence, transmettre quelque chose à la postérité, réparer une image d’eux-mêmes mise à mal par la vie quotidienne... Les relations entre diaristes et lecteurs sont teintées d’ambivalence, le plaisir qu’il y a à être compris et apprécié de ses proches ou d’inconnus étant contrebalancé par l’inquiétude de voir découvrir par son entourage ce qu’on cherche à lui cacher ou d’être poursuivi par des inconnus inquiétants. La représentation que se font les diaristes de leurs lecteurs, et en particulier de ceux qu’ils ne connaissent pas dans la vie réelle, les expose ainsi à toute une gamme de sentiments, allant de la gratification à l’angoisse.

Chacun de ces journaux intimes permet d’entrer dans un monde différent, où la part d’imaginaire est plus ou moins grande. Celui d’Albert Vanderburg décrit de façon détaillée la succession d’épreuves qui attendent les sans-domicile, la façon dont ils se bricolent un mode d’existence à partir des ressources dont ils disposent et la fragilité de ces arrangements. Il permet de comprendre « de l’intérieur » la situation à la fois matérielle et morale des personnes sans domicile, et les obstacles qu’elles ont à affronter quand elles se retrouvent sans logement et doivent s’adapter à la vie dans la rue. Il permet aussi de se débarrasser d’un certain nombre de représentations concernant les sans-domicile, d’apercevoir la diversité de leurs trajectoires et la complexité de leurs besoins, qui ne se réduisent pas aux seuls aspects matériels de leur situation. On y voit les combinaisons diverses de ressources qu’utilisent les sans-domicile pour survivre, et en particulier le bricolage fait entre l’aide des institutions, la solidarité d’autres personnes, famille, amis ou passants, le travail, et « la débrouille » (travail au noir, vol, deal, etc.). On y voit aussi en quoi la consommation de drogue, qui pour certains devient de plus en plus forte au cours des cinq années étudiées, met en péril cet équilibre fragile au sein du groupe que fréquente Albert.

Albert partage avec beaucoup de personnes sans domicile un certain nombre de caractéristiques sociales, comme d’avoir été maltraité dans son enfance ou de s’être engagé dans l’armée pour rompre avec sa famille. Mais il a aussi connu un parcours « improbable », qui a traversé plusieurs milieux sociaux et plusieurs pays, et dans lequel son homosexualité a joué un rôle. Comportant une partie rétrospective où Albert retrace l’histoire de sa vie, le journal d’Albert donne aussi à voir, au-delà du parcours d’une personne particulière, en quoi les différentes histoires collectives dans lesquelles sa génération a été prise sous-tendent sa trajectoire. Trois domaines particuliers sont examinés et permettent de mettre en évidence cet effet de génération : la peinture américaine de l’après-guerre aux années 1970, à laquelle Albert sera associé au début des années 1960, lorsqu’il partagera la vie d’un artiste new-yorkais et peindra ses premières toiles ; les mouvements beatnik et hippy, et l’influence qu’ont eue la contre-culture et son voyage en Inde et au Népal sur la façon dont il considère la pauvreté, consomme de la drogue ou s’accommode de conditions matérielles précaires ; le développement de l’informatique et d’Internet, en particulier dans leur aspect « ludique », pour le rôle qu’ils ont actuellement dans la vie d’Albert, les contacts qu’il peut ainsi conserver et le soutien qu’il en retire dans sa situation. Resitué ainsi dans l’espace et dans le temps, le témoignage d’Albert prend alors une valeur générale, comme décrivant l’un des destins possibles de quelqu’un de sa génération.


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