États-Unis et Europe : vers un équilibre du temps dédié au travail domestique entre les hommes et les femmes ?

Malgré une augmentation importante du travail rémunéré des femmes, celles-ci continuent d’effectuer la plupart du travail domestique et parental. Ariane Pailhé (Ined), Anne Solaz (Ined) et Maria Stanfors (Centre de démographie économique, Université de Lund en Suède) analysent les évolutions de ce travail non rémunéré selon les sexes, en Europe et aux États-Unis au cours des dernières décennies. Si l’écart entre hommes et femmes diminue, cela résulte principalement d’une réduction du temps consacré par les femmes aux tâches ménagères. Les hommes comme les femmes passent davantage de temps avec les enfants.

Une convergence qui tient principalement à une diminution du temps passé par les femmes aux tâches ménagères

Le travail domestique des hommes et des femmes a tendance à converger dans l’ensemble des pays étudiés (France, Italie, Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni et États-Unis). Cette convergence est principalement portée par la diminution massive du temps passé par les femmes aux tâches ménagères, observée dans tous les pays depuis le milieu des années 1980 (figure 1). Pour ce qui est des hommes, les tendances sont toujours de plus faible ampleur et plus contrastées. Aux États-Unis, après une augmentation importante de la participation des hommes aux tâches ménagères entre 1965 et 1985, cette évolution s’est arrêtée et le temps consacré à celles-ci est resté constant entre 1985 et 2006. En France, le temps passé par les hommes aux tâches ménagères diminue légèrement, comme aux Pays-Bas. En Suède, les hommes assument plus qu’ailleurs les responsabilités domestiques, et leur participation a augmenté entre 1990 et 2010. La convergence du travail domestique est toujours un peu plus marquée pour les parents que pour les couples sans enfant co-résident, au point que l’écart de temps quotidien domestique entre parents est passé sous la barre d’une demi-heure en Suède.

Dans la plupart des pays, la convergence entre les hommes et les femmes tient donc moins à la participation accrue des hommes qu’aux gains réalisés par les femmes grâce à l’évolution des pratiques et des normes. Par exemple les possibilités accrues en matière d’aides ménagères, les progrès technologiques dans l’équipement domestique ou les produits ménagers, l’évolution des normes et standards concernant les repas et la propreté... Toutefois les femmes effectuent encore la plupart des tâches routinières et chronophages, telles que la préparation des repas, le nettoyage, la lessive... Tandis que les hommes accomplissent davantage les tâches ménagères dites « discrétionnaires » telles que le bricolage et le jardinage.

Le temps parental des hommes augmente, celui des femmes aussi

Le temps de travail parental a suivi une évolution temporelle différente de celle du temps domestique. Plus de temps et d’attention ont été consacrés à l’enfant par les deux parents au fil du temps, phénomène porté par l’évolution des normes. L’investissement parental est désormais considéré comme une nécessité pour le développement de l’enfant. Les hommes et les femmes appartenant aux classes moyennes supérieures ont été précurseurs d’un changement vers une parentalité plus « intensive » et un investissement dans le capital humain de l’enfant. Dans l’ensemble des pays étudiés, les deux parents ont consacré plus de temps aux enfants (dans les activités de routine et de développement notamment). En Suède et au Royaume-Uni, les hommes ont davantage augmenté leur temps de garde des enfants comparé aux femmes si bien que la répartition des tâches parentales y est moins inégalitaire. Ce n’est pas le cas des États-Unis et de la France où le taux de croissance a été similaire pour les hommes et les femmes ou de l’Italie et des Pays-Bas, où la croissance a été plus élevée pour les femmes.

Dans l’ensemble, les différences observées entre les pays sont liées aux politiques publiques qui favorisent à la fois l’égalité des sexes et l’articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle. Ainsi les politiques qui soutiennent financièrement les services aux familles, notamment la garde d’enfants, permettent aux femmes et aux hommes de mieux concilier travail rémunéré et responsabilités familiales, ce qui contribue à une indépendance financière des femmes et à un partage plus équilibré des tâches.

DONNÉES UTILISÉES

Cette étude s’appuie sur l’analyse de 12 enquêtes (dans six pays à deux dates) portant sur les emplois du temps dans la répartition entre les femmes et les hommes des tâches ménagères et de la garde des enfants. Ces enquêtes sont représentatives au niveau national dans chacun des pays étudiés, et incluent des informations sur la situation démographique et socio‑économique des individus et des ménages. Les pays étudiés sont la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis, du milieu des années 1980 au début des années 2010.

Pour en savoir plus :

Ariane Pailhé, Anne Solaz et Maria Stanfors, 2021, The Great Convergence: Gender and Unpaid Work in Europe and the United States, Population and Development Review 47: 181-217.