La paléodémographie

Qu’est-ce que la paléodémographie ?

Légende : la raréfaction des travées osseuses s’observe avec l’avancement en âge (1: individu jeune; 6: individu âgé) Source : Luc Buchet, d’après Némeskéri et al. (1960)

La paléodémographie a pour champ d’études les populations du passé qui n’ont pas - ou peu - laissé de documents écrits permettant d’apprécier leurs comportements démographiques.

Elle est fondée sur des données archéologiques, c’est-à-dire sur l’étude de vestiges matériels et humains. Elle tente, par exemple, de restituer l’évolution du peuplement sur un territoire donné à partir de vestiges matériels (habitats, restes alimentaires, etc.) ou d’appréhender les comportements démographiques des populations du passé à partir de séries de squelettes. Dans cette seconde approche, elle fait largement appel à l’anthropologie biologique car l’étude de restes humains -osseux et dentaires- enrichit la connaissance des populations anciennes, tant dans les domaines sociaux et ethnologiques que sur un plan médical et sanitaire et, bien sûr, sur celui des modes de vie. Cette discipline emprunte pour partie aux méthodes de la démographie historique (discipline qui se caractérise par l’utilisation conjointe de techniques de l’histoire quantitative et de l’analyse démographique) et de la statistique.

Les grands tournants de la recherche en paléodémographie

Il faut attendre les années 1960 pour que l’on puisse véritablement parler de recherches en paléodémographie. Une équipe hongroise se consacre alors entièrement à la recherche expérimentale et tente de reconstituer la structure démographique d’une population à partir des estimations du sexe et de l’âge faites sur des squelettes issus de grandes nécropoles médiévales. Leurs travaux aboutissent, en 1970, à la publication du premier « manuel » de paléodémographie : History of Human Life Span and Mortality. Après cette publication, un véritable engouement pour la paléodémographie touche la communauté anthropologique mais, dès cette époque, deux orientations se dessinent...

…École nord-américaine versus école française

Les paléodémographes nord-américains concentrent leurs efforts sur l’estimation d’un âge individuel au décès et sur la mise au point de tables de mortalité à partir de données de cimetières. Cependant, accordant trop de confiance à ces données biaisées, ils parviennent à des résultats peu crédibles. Ces critiques sont exprimées par les paléodémographes français -Claude Masset et Jean-Pierre Bocquet-Appel- dès les années 1970, qui proposent, dans la foulée, des méthodes moins ambitieuses mais statistiquement plus rigoureuses. La force principale de l’école française réside dans une remarquable homogénéité des méthodes, et tout un ensemble de sites, étudiés selon ces principes, constitue aujourd’hui un véritable échantillon sur lequel des recherches peuvent s’appuyer.
Depuis 2002, la paléodémographie connaît un regain d’intérêt, sur les bases d’un consensus méthodologique international. L’Ined a publié en 2011 le "Manuel de paléodémographie ", fruit d’une collaboration de longue date entre des historiens-démographes et des anthropo-archéologues qui ont toujours eu la volonté de confronter toutes les données disponibles, pour mieux appréhender quelques-uns des caractères démographiques des populations anciennes. Cet ouvrage est l’un des très rares manuels de paléodémographie où les méthodes ont été testées et affinées sur des données vraies.