Se laver hors de chez soi. Une enquête sur les bains-douches municipaux parisiens.

© Documentation personnelle de l’auteure

Les établissements de bains-douches municipaux parisiens offrent un cas intéressant de service public permettant à ceux qui ne peuvent se laver à domicile d’avoir accès à l’eau chaude dans des conditions d’intimité préservée. Si l’origine de ces établissements est contemporaine de la naissance du logement social, et constitue une aventure européenne liée aux nouvelles conceptions de l’hygiène, de la propreté et du confort, les développements ultérieurs varient fortement dans le temps et dans l’espace. Des formes nouvelles apparaissent, liant l’offre de douches à d’autres activités (culturelles, sociales, artistiques), des établissements changent de destination, apparaissent, disparaissent, tandis que le droit à l’eau entre dans la loi.

C’est dans un tel contexte, et suite à deux années d’observation participante avec des étudiants de Licence de sociologie, que le projet d’une enquête par questionnaire auprès des usagers des bains-douches municipaux de Paris a pris forme. Enquêter dans les bains-douches municipaux de Paris suppose de s’adapter à une diversité de population peu commune. Le questionnaire est d’ailleurs proposé dans 7 langues (Anglais, Arabe, Bulgare, Farsi, Polonais, Roumain, et Français). Cette enquête, mise au point en collaboration étroite avec le Service des Statistiques et des Enquêtes de l’Ined, vise à mieux connaître les usages et les usagers des bains-douches. Elle s’appuie sur des méthodologies rodées, inspirées des enquêtes auprès des utilisateurs des services d’aide aux personnes sans domicile, tout en bénéficiant de l’apport d’une soixantaine d’entretiens semi-directifs menés en 2014 et 2015.

Après le test du questionnaire et le test du protocole, mis au point avec le SES de l’Ined, l’enquête proprement dite s’est déroulée du 15 janvier au 15 février 2017. Tous les établissements ont été enquêtés cinq fois, par tranches de 3 heures, par un binôme d’enquêteurs, l’un s’occupant du comptage, l’autre de la prise de contact et de la remise du questionnaire. Les usagers ont été comptés et contactés de façon exhaustive, selon un plan respectant ce que nous avions appris des variations de fréquentation selon les jours et les heures. L’objectif que nous nous étions fixé de recueillir un millier de questionnaires a été largement atteint. Avec les enveloppes T, possibilité incluse dans le protocole, nous arrivons à ce jour (23 février 2017) à 947 questionnaires remplis sur place et 105 questionnaires arrivés sous enveloppe T. Reste à traiter la masse d’information dont nous disposons à présent. Enfin, précisons qu’un projet de recherche portant sur l’accès à l’eau et les bains publics à l’échelle de l’Europe est en cours de construction.

Cette enquête bénéficie du soutien de l’Université de Paris VIII-Saint-Denis, des Laboratoires iPOPs, LAVUE et PASSAGES, de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des personnes défavorisées, du cabinet de Dominique Versini à la mairie de Paris, et du PUCA, Plan Urbanisme Construction et Architecture, ministère de l’écologie et du logement. Elle n’aurait pu se faire sans l’accueil en délégation à l’Ined dont j’ai bénéficié de septembre 2015 à février 2017. Je voudrais ici remercier l’Ined, le laboratoire iPOPs, l’UR6 qui m’a accueillie pendant ma délégation, l’UR12 avec laquelle j’ai collaboré, et surtout la direction et les collègues du service des enquêtes sans lesquelles le projet n’aurait pu arriver à bon port.

Claire Lévy-Vroelant (Université de Paris 8 Saint-Denis et CRH-LAVUE, en collaboration avec Sophie Fesdjian (CRH-LAVUE) et Lucie Bony (CNRS, PASSAGES)

Mise en ligne : avril 2017.