Valérie Golaz

Directrice de recherche à l’Ined, a répondu à nos questions sur les indicateurs de la COVID-19.

Quels sont les indicateurs pris en compte pour mesurer cette épidémie ?

Les indicateurs utilisés pour suivre l’évolution de l’épidémie de Covid-19 sont nombreux et divers, depuis le nombre de décès jusqu’aux appels à SOS médecins. Parmi eux se trouvent des indicateurs quotidiens et hebdomadaires liés aux tests virologiques RT-PCR effectués en laboratoires (privés ou hospitaliers). Les indicateurs quotidiens correspondent aux résultats qui chaque jour remontent depuis les laboratoires jusqu’à Santé publique France. Ils comprennent des tests effectués 0 à 7 jours auparavant. Les résultats hebdomadaires correspondent aux tests effectués sur 7 jours glissants. Il s’agit en particulier du nombre et de la proportion de tests positifs, mais aussi du nombre de nouveaux cas et de l’incidence de la Covid-19. Le nombre de nouveaux cas correspond au nombre de personnes ayant eu un test positif. L’incidence rapporte ce nombre de nouveaux cas à la population de la zone concernée et est exprimée en nombre de cas par 100 000 habitants. Ces indicateurs, publicisés par les médias, sont utilisés par les pouvoirs publics pour justifier les mesures prises. L’incidence est par exemple mobilisée pour définir les niveaux d’alerte utilisés en septembre-octobre dernier pour la mise en place de politiques différenciées sur le territoire français. Le nombre de nouveaux cas fait partie des indicateurs qui dirigent la politique de reconfinement et de déconfinement actuelle.

Qu’indiquent les tests virologiques sur l’épidémie de coronavirus ?

Les indicateurs liés aux tests illustrent bien ce que l’on sait de la diffusion de l’épidémie dans la population et ont l’avantage de rassembler l’ensemble des tests RT-PCR effectués sur le territoire français. En revanche, ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population. Pour que les indicateurs représentent l’ampleur réelle de l’épidémie dans la population, il faudrait en effet que toutes les catégories de la population soient testées proportionnellement à leur part dans la population. Or, les dépistages privilégient les personnes qui ont une santé à risque ou qui présentent des symptômes. De plus, le nombre de tests effectués et les personnes testées varient en fonction des politiques en vigueur. Par exemple, l’un des graphiques du dernier point hebdomadaire de Santé publique France montre comment le nombre de tests effectués a connu une baisse brutale dans les deux semaines qui ont suivi le discours du premier ministre indiquant que les contacts des cas contacts ne devaient pas être considérés comme des cas contacts (semaines 39 et 40 : 21 septembre - 2 octobre 2020). Les utilisateurs de ces données de suivi oublient souvent qu’elles ne proviennent à aucun moment d’un échantillon représentatif de la population.

Comment les données sont-elles rassemblées ?

Les données sur les tests remontent par voie électronique dans le « système d’informations de dépistage » (SI-Dep), une plate-forme sécurisée mise en place par Santé publique France dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Il s’agit d’un recueil exhaustif : tous les tests RT-PCR effectués sont concernés. Ce recueil comprend des informations sur la personne testée, en particulier le lieu de résidence, le sexe et l’âge, ce qui permet la réalisation de cartes et de graphiques précis. Cependant, comme pour toute collecte de données, les données recueillies ne peuvent être parfaites. Certaines informations manquent parfois, d’autres sont saisies trop rapidement dans les laboratoires. Selon l’information manquante, les données sont écartées ou remplacées. Ainsi, par exemple, si le lieu de résidence du patient est absent, il est officiellement remplacé par le code postal du laboratoire. Il est important de comprendre toutes les limites de ces données pour une bonne interprétation des résultats.