Migrants and their Movements - MigMov

1. Mesurer et caractériser les migrations (inter)nationales

1.1. Enrichir les données pour étudier les flux migratoires
Depuis le début des années 2000, la mesure des migrations internationales à l’échelle mondiale a été révolutionnée par la création de vastes matrices qui assemblent les données internationales de recensements et de registres. Ces assemblages ont permis de dépasser la statistique de l’immigration dans les pays de destination, en donnant la possibilité de prendre la mesure de l’émigration. Les Nations Unies, la Banque Mondiale et l’OCDE ont initié, sur le même principe, des bases de données indépendantes, disponibles en libre accès, qui sont devenues des sources essentielles d’analyse des migrations internationales. Extrêmement utiles et très utilisées, ces bases de données n’ont pas fait l’objet d’analyses comparatives à des fins méthodologiques. Un premier travail de recherche au sein de cet axe travaille à comparer ces données au niveau international et documenter l’ampleur des écarts dans l’estimation des mouvements migratoires.
1.2. La sélectivité des migrations internationales
La littérature insiste depuis longtemps sur la sélectivité des migrant·es, qui constituent rarement un échantillon aléatoire de la population de la société dont ils et elles émigrent. L’analyse empirique de ce phénomène demeure toutefois complexe du fait de l’ancrage national de la majorité des données, qui limite la comparaison de ceux·celles qui migrent avec ceux·celles resté·es dans le pays d’origine. Plusieurs chercheur·es de ce projet travaillent à une nouvelle mesure de la sélectivité de la situation socioéconomique des immigré·es avant la migration. L’objectif est d’apparier des données sur les structures du marché du travail dans les pays d’origine en utilisant les bases de données internationale IPUMS et de l’ONU, ainsi que des données d’enquête spécifiques pour les pays ou les années non disponibles dans ces bases harmonisées. Elles seront ensuite comparées avec des données sur la situation des immigré·es dans le pays de destination (TeO2, EDP, etc.). 1.3. Complexité des mouvements migratoires
L’immigration a longtemps été pensée comme un ensemble de mouvements unidirectionnels qui aboutissent à l’installation permanente des immigré·es dans un unique pays de destination. La réalité des mouvements migratoires est cependant plus complexe. Certain·es immigré·es repartent dans leur pays d’origine ou dans un autre pays, et ces mobilités allers-retours peuvent prendre des formes multiples. Plusieurs recherches menées à MigMouv examinent ainsi les parcours migratoires d’immigré·es et de leurs enfants, notamment en France et au Chili. Interroger le cadre théorique de l’étude des migrations, c’est également questionner l’échelle géographique d’analyse pertinente. Il existe dans la littérature un cloisonnement entre l’étude des migrations internationales et celle des mobilités internes, souvent analysées par les mobilités résidentielles. Cette distinction est cependant discutable : les mobilités au sein de l’UE s’apparentent souvent davantage à des mouvements internes, et le critère de la distance est peu opérant, comme en témoignent les mobilités DOM-métropole. Malgré les appels à intégrer ces deux types de mobilités dans un même cadre analytique (Ellis, 2012 ; King et Skeldon, 2010), rares sont les études qui mettent en pratique un tel programme de recherche. En dépit de leur apparente diversité, ces migrations tiennent-elles une place analogue dans les parcours individuels ? Dans cette perspective de recherche, les mécanismes des mobilités internationales et internes sont étudiés conjointement, en les distinguant selon le type de frontière franchie (communale, départementale, régionale, nationale).
2. Parcours de mobilité

2.1. Marché du travail et politiques de recrutement de main-d’œuvre
Les travaux de l’axe MigMouv abordent aussi les liens entre migration et travail : comment les flux migratoires s’intègrent-ils à des dynamiques plus larges de structuration des marchés du travail à des échelles nationale et internationale ? La mise en regard de séries chronologiques sur l’immigration en France (fichiers AGDREF) avec une évaluation des tendances de la population active en termes de qualification et des besoins de main-d’œuvre par secteur (données OCDE) permet d’explorer cette question. Un ensemble de travaux inscrivent également les trajectoires individuelles dans plusieurs contextes de politiques d’emploi et de hiérarchisations professionnelles. Ils accordent une importance spécifique à la mise en regard des stratégies des migrant·es et de leurs expériences subjectives avec la structuration des marchés du travail dans les espaces de départ et d’arrivée. Deux projets portent sur les circulations entre Outre-mer et Hexagone, combinant perspectives historique et contemporaine. Ils considèrent le cas des originaires des Outre-mer, tout comme celui des originaires de l’Hexagone. Ils prêteront une attention particulière à l’ancrage de ces circulations dans des stratifications socioprofessionnelles façonnées par les reconfigurations politiques postcoloniales.
Enfin, plusieurs travaux explorent les liens entre la complexité des trajectoires migratoires passées et les positions socioéconomiques des immigré·es dans le pays de destination. Ces expériences migratoires plurielles permettent-elles d’accumuler un capital migratoire et transnational spécifique ? Observe-t-on des situations spécifiques pour les immigré·es ayant connu de tels parcours de mobilité ? Une comparaison France-Allemagne est aujourd’hui possible, en mobilisant les données de TeO2 et du panel socio-économique allemand (SOEP) qui fournissent à la fois des données rétrospectives sur les trajectoires migratoires, et sur les trajectoires sociales ultérieures dans la société d’accueil.
2.2. Migrations (de retour) et parcours de vie
En complément de l’entrée par le travail, les études développées au sein de l’axe MigMouv accordent une place importante à deux autres dimensions des parcours de vie des migrant·es : la famille et logement. À travers le cas des migrations des DOM vers la métropole, plusieurs projets s’attachent à saisir la manière dont les départs transforment les configurations familiales, autant que ces dernières les structurent. Étudier le cas des populations immigrées en Guyane contribue également à une meilleure compréhension de la manière dont trajectoires migratoires, familiales, et résidentielles s’imbriquent.
Plusieurs projets étudient le devenir des migrant·es de retour dans leur pays ou région d’origine. En combinant les données des enquêtes TeO et Migrations, Famille et Vieillissement (MFV), des travaux analysent les déterminants du retour d’ultramarin·es dans le DOM et ses effets sur les stratégies familiales et économiques. Une étude portant sur l’enquête VIRAGE s’attache également à analyser les liens entre violences et trajectoires migratoires, avec un intérêt spécifique pour les migrations de retour. Enfin, la réinsertion professionnelle des migrant·es de retour fait également l’objet d’une recherche à partir des données sénégalaises du projet européen TEMPER (Temporary versus Permanent Migration), précisément dans le but d’étudier les effets des mouvements circulaires.
2.3. Pratiques transnationales et cultures migratoires familiales et régionales
Enfin, les recherches de l’axe MigMouv examinent la place des pratiques transnationales et cultures migratoires dans la mise en place des stratégies migratoires. Plusieurs études ont récemment souligné l’importance de tenir compte de processus d’auto-sélection plus sous-jacents que les ressources financières ou matérielles mais tout aussi déterminants dans la décision migratoire. Comprendre comment émergent les intentions de migrer est donc fondamental pour appréhender les logiques migratoires. Dans cette perspective, plusieurs projets s’intéressent à la formation d’intentions migratoires (au Sénégal, au Chili) et deux autres projets aux liens entre rapport à la mobilité et études supérieures en France. Le premier s’appuie sur l’exploitation des bases de données extraites des plateformes Admission Post-bac (APB) et Parcoursup, en les combinant avec celles extraites du système d'information sur le suivi de l'étudiant (SISE) et de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). Le deuxième s’appuie sur l’examen des dossiers de candidature à Sciences Po, en combinant analyses textuelles quantitative et qualitative, complété par des entretiens auprès de candidat·es, jurys et agent·es du service des candidatures.
L’analyse des aspirations migratoires s’ancre également plus largement dans une étude renouvelée des pratiques transnationales des immigré·es et de leurs enfants. En exploitant les données de l’enquête MFV combinées à des entretiens de la post-enquête qualitative, des chercheur·es étudient l’intensité et les modalités des pratiques transnationales des immigré·es et de leurs enfants en Guyane et à Mayotte, notamment à travers le prisme des transferts financiers avec l’origine. Enfin, une autre post-enquête qualitative de l’enquête TeO2 explore l’engagement transnational des enfants d’immigré·es en essayant de repérer des éléments qui auraient pu être moteurs dans ces parcours d’engagement transnationaux (évènement politique, expérience de discrimination ou de racisme, etc.), en France comme dans le pays d’origine des parents.