Le tabagisme parmi les immigrés en France métropolitaine

Le tabagisme est un problème majeur de santé publique et constitue également l’un des plus grands marqueurs d’inégalité sociale en matière de santé et de mortalité dans les pays développés.

Issus majoritairement de milieux moins favorisés, les immigrés sont surreprésentés parmi les sous-groupes de population les plus susceptibles de fumer.

Dans cet article, les auteurs, Myriam Khlat, Damien Bricard et Stéphane Legleye, observent les habitudes en matière de tabagisme au sein des sous-populations nées hors de France métropolitaine ; à savoir, les personnes nées dans un pays du Maghreb (distinction est faite entre rapatriés et immigrés), celles nées en Afrique subsaharienne et les natifs des départements français d’outre-mer. Chacun de ces groupes est comparé à une population de référence (nés en France de parents français), en ajustant sur l’âge et le niveau d’études.

Les données proviennent des 20,211 personnes âgées de 18 à 70 ans interrogées (en français) en 2010 dans le Baromètre santé de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation par la santé).

De grandes disparités face au tabagisme

Les immigrés d’Afrique subsaharienne, de même que les natifs des départements d’outre-mer, ont une prévalence tabagique quotidienne bien inférieure à celle du groupe de référence. En revanche, une nette sur-prévalence  ressort chez les hommes rapatriés d’Afrique du Nord, tandis que les femmes immigrées du Maghreb ont la plus faible prévalence tabagique, tous groupes et sexes confondus.

Dans la population de référence, les hommes sont plus fréquemment fumeurs que les femmes, et l’écart relatif est à peu près du même ordre dans les différents groupes, à l’exception de celui des immigrés du Maghreb, au sein duquel cet écart est beaucoup plus important du fait du niveau très faible de consommation des femmes.

Une autre régularité dans la population de référence est le niveau plus élevé de tabagisme parmi ceux ou celles qui ont le moins suivi d’études. Le même type de gradient social caractérise les hommes immigrés du Maghreb ainsi que les immigrés (hommes et femmes) d’Afrique subsaharienne. Les autres groupes (femmes immigrées du Maghreb et natifs (hommes et femmes) des départements d’outre-mer) ne présentent pas de variation significative de la prévalence tabagique par rapport au niveau d’instruction.  

Ces différentes observations témoignent de l’hétérogénéité des groupes d’immigrés en matière de tabagisme, avec de grandes disparités pour ce qui est du niveau de consommation, de l’écart entre les sexes et de la stratification sociale. En particulier, la population immigrée du Maghreb se caractérise par l’étendue de la différence entre hommes et femmes. Enfin, les immigrés en provenance d’Afrique subsaharienne se distinguent par leur faible consommation de tabac, de même que les natifs des départements français d’outre-mer.

Source : Myriam Khlat, Damien Bricard et Stéphane Legleye, 2018, Smoking among immigrant groups in metropolitan France: prevalence levels, male-to-female ratios and educational gradients, BMC Public Health.

Contact: Myriam KhlatDamien Bricard et Stéphane Legleye

En ligne : mai 2018